2. CENDRILLON '93

Ce soir encore, ton plus fidèle amoureux,
Le fuseau transparent a éclusé tes yeux.

De sa noire substance, il efface ton mal,
Traître masque du plus lugubre carnaval.

Il peint sous tes paupières enivrées de sang
Des mondes irréels aux façades d'argent
Où seule, lorsqu'en vain la jeunesse t'attend,
Tu promènes sans hâte un regard méprisant.

Tu ne dors point de nuit, Cendrillon au rabais
Mais tu reposes parfois brisée de paix.

Pénétrée doucement du poison en ta chair,
Oubliée des hommes, enfant maudit de la terre,
Tu rêves d'avenirs aux soleils irisés
Où tu perdrais l'esprit dans les rayons usés,
Mais c'est pourtant ta tombe que creuse ta mère
A l'heure où s'achève une jeunesse éphémère.