1. Vendredi 28 mai 1999
Au gouffre de l'ivresse en cette ville noire
Dans une brume opaque et pesante d'ennui
J'ai bu de ma détresse et noyé la mémoire
De celle qui mon âme avait teinté de nuit.Sous les soleils factices qui ont grisé ma vue
J'en ai tant vu tourner de celles qu'on dit belles
Tandis que de leurs yeux je n'ai vu rien de plus
Que l'image fuyante d'une demoiselle.La musique violente a sur moi dispersé
Une onde lourde et monotone à mon portail
Venant frapper toujours comme pour répéter
Que la douleur renait au fond de mes entrailles.C'est un enfant mort-né qui sommeille en mon sein
Que cet amour enfoui dont la putride essence
Remonte dans ma gorge et tel l'acide vin
Me lacère et me crève comme une douce lance.Et je sais la distance, et je connais l'oubli
Et je sais que demain je rirai de moi-même
Mais je sais que pas moins je ne serais meurtri
De n'avoir eu la force de dire que j'aimeA celle dont les yeux étaient mon eau-de-vie
A celle dont la peau était le seul parfum
A celle dont l'absence me semble aujourd'hui
Me dessaouler plus vite et clamer que demainN'a plus de raison d'être et que seule la fuite
M'apportera la paix à défaut de bonheur
N'a plus de raison d'être et que seule la fuite
Saura briser l'avance de cette morne fleurQue j'ai porté encore et encore et encore
Dans le creux de mon être où je partage seul
Et mes jours et mes nuits et mes ombres de mort
Et la racine obscure qui tisse mon linceul.